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"Des fois, j'ai hâte d'être un vieux. Ils sont bien, les Vieux, on
est bon pour eux, ils sont bien.
Ils ont personne qui les force à travailler; on veut pas qu'ils se
fatiguent.
Même que la plusspart du temps, on les laisse pas finir leur
ouvrage.
On les stoppe, on les interruptionne, on les retraite fermée.
On leur donne leur appréhension de vieillesse et ils sont en
vacances...
Ah! Ils sont bien les Vieux!
Et puis, comme ils ont fini de grandir, ils ont pas besoin de
manger tant
tellement beaucoup. Ils ont personne qui les force à manger. Alors
de temps en temps,
ils se croquevillent un petit biscuit ou bien ils se retartinent
du pain avec du beurre
d'arrache-pied, ou bien ils regardent pousser leur rhubarbe dans leur
soupe...
Ils sont bien...
Jamais ils sont pressés non plus. Ils ont tout leur bon vieux
temps.
Ils ont personne qui les force à aller vite; ils peuvent mettre
des heures et des heures
à tergiverser la rue... Et plus ils sont vieux, plus on est bon
pour eux.
On les laisse même plus marcher... On les roule...
Et puis d'ailleurs, ils auraient même pas besoin de sortir du
tout; ils ont personne
qui les attendresse... Et l'hiver... Ouille, l'hiver! C'est là
qu'ils sont le mieux, les vieux;
ils ont pas besoin de douzaines de quatorze soleils... Non! On leur donne
un foyer,
un beau petit foyer modique qui décrépite, pour qu'ils se chaufferettent
les mitaines...
Ouille, oui l'hiver, ils sont bien.
Ils sont drôlement bien isolés...
Ils ont personne qui les dérange. Personne pour les empêcher de
bercer leur
ennuitouflé... Tranquillement, ils effeuillettent et revisionnent
leur jeunesse rétroactive;
qu'ils oublient à mesure sur leur vieille malcommode...
Ah! Ils sont bien...!
Sur leur guéridon, par exemple, ils ont une bouteille, petite,
bleue.
Et quand ils ont des maux, les vieux, des maux qu'ils peuvent pas
comprendre,
des maux mystères; alors à la petite cuiller, ils les endorlotent
et les amadouillent...
Ils ont personne qui les garde malades. Ils ont personne pour les
assistés soucieux...
Ils sont drôlement bien...!
Ils ont même pas besoin d'horloge non plus, pour entendre les
aiguilles tricoter
les secondes... Ils ont personne qui les empêche d'avoir
l'oreillette en dedans,
pour écouter leur coeur qui grelinde et qui frilotte,
pour écouter leur corps se débattre tout seul...
Ils ont personne qui...
Ils ont personne...
Personne... "
Texte de... Marc Favreau
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